Haut de Gamme, par Candace Bushnell

De quoi ça parle ?

Publié en 2003 par l’auteur de Sex and The City, Haut de Gamme continue les aventues de Janey Wilcox, déjà apparue dans Quatre Blondes (que je n’ai pas lu).

Janey a atteint la célébrité en devenant mannequin lingerie pour Victoria’s Secret. Demi-mondaine à la beauté reconnue, elle navigue dans les cercles du luxe et des médias, cherchant à assurer son avenir dans ce monde dont elle a toujours rêvé.

D’amitiés feintes en calculs cyniques, elle épouse Selden Rose dans l’espoir d’asseoir son statut social et de ne plus jamais manquer d’argent. Il faut dire que Janey a des goûts dispendieux et recherche activement à faire la Une des magazines. Mais pas que. Elle s’imagine aussi montrer enfin à tous qu’elle n’est pas qu’un magnifique cintre à la crinière dorée et qu’il y a des neurones qui s’agitent avant que sa bouche peinte ne s’ouvre pour parler.

Quand son idéaliste de mari, qui l’imagine déjà femme au foyer comblée s’occupant de sa marmaille, refuse de l’aider à produire l’ébauche de scénario qu’elle cache dans ses tiroirs, elle s’essaie à manipuler plus puissant que lui, au risque de tout perdre.


C’était bien ?

Je ne sais pas vraiment par où commencer avec ce roman. Je l’ai acheté à moins d’un euro dans un magasin d’occasion, un peu au hasard. Le titre original, Trading Up, m’a plu, ainsi que la quatrième de couverture qui m’a appâtée avec quelques mots-clefs qui déclenchent chez moi une pulsion d’achat quasi irrépressible quand ils sont associés à des personnages féminins : masque, carapace, détresse morale et cynisme… Un roman sur les mœurs dépravées des grands de ce monde avec une héroïne qui joue le jeu ? Shut up and take my money. Ce ne sera pas de la grande littérature, mais au moins, ça ne sera pas niais.

J’ai été servie. Certains critiques ont trouvé les personnages creux et sans dimension ; peut-être parce que l’auteur ne met pas en scène des personnes, mais des égos. Des égos assez… Conséquents.

Janey Wilcox n’est pas une héroïne sympathique. Parfait, je n’aime pas les héroïnes sympathiques. Candace Bushnell fait fi de cette injonction à créer des personnages auxquels on peut s’identifier (surtout pour les personnages féminins, étrangement) en soulignant leurs défauts, mais des défauts mignons, des défauts qui n’en sont pas vraiment, comme la maladresse ou l’absence de verve. Janey n’a presque que cela, des défauts, et le lecteur n’aime pas s’identifier à ces traits-là. Elle est calculatrice, cynique, elle ment comme elle respire sur ses sentiments et intentions, se sert de ses attributs pour manipuler les hommes comme les femmes, se croit plus intelligente qu’elle ne l’est et recourt souvent à la provocation pour sortir du lot. On est loin du charme de l’innocence.

Le roman est long, parfois j’aurais aimé que tout cela aille un peu plus vite, mais cette lenteur permet de bien comprendre comment Janey se laisse enfermer elle-même dans ses manigances. La mise en place et l’évolution de ses relations avec son entourage (car elle n’a pas d’amis), les retours sur son passé et son accession à la célébrité, doivent se faire par étapes, sans en brûler aucune.

Janey se montre détestable avec l’homme qu’elle épouse, mais au fond, j’ai eu du mal à lui en vouloir. Selden s’enorgueillit d’avoir « su lire en elle » et y avoir vu son envie de maison à la campagne entourée d’enfants, alors que Janey n’exprime jamais ce désir. Quelle prétention ! Cet homme veut sauver la mondaine dépravée, lui mettre un tablier et la laisser à la maison pendant qu’il s’emploie à dénicher les talents de demain. Et il a l’audace de ne pas comprendre qu’elle se referme comme une huître quand il évoque ce futur qu’elle ne veut pas et n’a jamais voulu. Certes, elle ne dément pas. Mais démentir, c’est retourner à son deux pièces miteux et à l’anonymat.

Je vais tenter un parallèle : tout au long de la lecture, Haut de Gamme m’a rappelé The Custom of the Country d’Edith Wharton, que j’ai relu par la suite pour me rafraîchir la mémoire. La prose n’est pas égalée, ne nous leurrons pas, mais Janey Wilcox et Undine Spragg présentent plus d’un trait en commun. L’ancien amant mal dégrossi, l’époux qui rêve d’une femme qui ne correspond en rien à celle qu’il choisit, le détachement face à la maternité, une réputation peu recommandable sauvée par une beauté fascinante… Et Miss Spragg n’est pas beaucoup plus sympathique.

Haut de Gamme n’est pas de la littérature, mais ce n’est pas le roman sans substance auquel je m’attendais. Ce n’est ni un chef-d’œuvre, ni un navet. C’est une tentative de roman de mœurs contemporain, qui suit les tribulations d’une femme qui pour atteindre son but, se saisit des armes que le monde veut bien lui laisser dégainer : sa beauté et sa capacité à se couler dans tous les rôles projetés sur elle. Sans scrupules, certes, et sans considération. Mais pour quoi faire ? Les autres n’en ont pas plus.


Alors, je le lis?

C’est pour vous si

✔️Vous aimez essayer de voir ce qu’il se passes dans la tête d’une héroïne à la morale douteuse.
✔️Vous avez besoin d’un peu de catharsis pour votre propre cynisme, celui que vous assumez ou pas.
✔️Vous n’avez pas d’aversion particulière pour le clinquant et le luxe ostentatoire.

Passez votre chemin si

❌Vous cherchez une qualité d’écriture, ce n’est pas mauvais mais ce n’est pas fabuleux. Allez plutôt lire Wharton.
❌Vous ne comprenez pas la fascination pour l’argent et les célébrités et cet univers vous déplaît.
❌Vous aimez les personnages qui font preuve d’au moins un peu de gentillesse.

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